mardi 5 octobre 2010

Une critique d'Ao, le dernier Néandertal, assez sympa et drôle...

A cause de sa voix off persistante plombant un peu l'action, la plupart des critiques de ce pourtant très joli film sont assez cruelles... J'en ai quand même trouvée une sympathique, sur Le Matin... La voici in extenso, elle est chouette !

Né moche, Neandertal est en plus mort de stress



mage © DR
Héros du film «AO», l’homme de Neandertal a le front fuyant, les arcades sourcilières proéminentes et le nez écrasé.
Le film «AO» (à voir dès mercredi dans les cinémas romands) transforme cette grande brute de Neandertal en gendre idéal. Exagéré?
Jocelyn Rochat - le 25 septembre 2010, 21h16
Le Matin Dimanche
Parce qu’il était moche, il est devenu le mal-aimé de la préhistoire. Dès la découverte de ses os inhabituels, en 1856, des chercheurs ont imaginé que Neandertal était une brute épaisse, incapable de parler et dénuée de tout sens artistique. «Il a d’abord été considéré comme un être aberrant ou pathologique, rappelle la préhistorienne française Marylène Patou-Mathis. On le représentait velu et voûté, penché en avant, comme une créature plus proche du singe que de l’homme.»
On riait encore de son physique ramassé (1,64 mètre pour 80 kilos), sans comprendre que sa morphologie lui permettait de résister aux températures polaires d’une Europe recouverte de glaciers. On se moquait de son nez épaté, sans voir que la profondeur de ses sinus réchauffait l’air avant qu’il n’atteigne ses poumons. On pensait que ses gros orteils l’apparentaient à un singe, alors qu’ils favorisaient la course de ce formidable chasseur.
On n’imaginait pas non plus que sa posture voûtée était due à une arthrose des vertèbres cervicales, dit la paléontologue Claudine Cohen.
Non content d’être moche, Neandertal avait encore pour défaut d’être «boche», dit, en substance, Pierre Baron dans le numéro que la revue Historia a consacré, en avril dernier, à la créature préhistorique.
Des origines teutonnes
Selon l’éditorialiste, cet hominidé aurait, pour son plus grand malheur, été découvert en Allemagne, dans la vallée du Neander, quand les premiers ossements d’Homo sapiens ont été retrouvés dès 1868 en Dordogne (France). Son «origine» teutonne aurait incité les scientifiques français à préjuger de la supériorité des Sapiens, jusqu’à la Première Guerre mondiale.
Si cette thèse est contestée, les scientifiques s’accordent aujourd’hui pour admettre que Neandertal a été victime d’un délit de «sale gueule». Car il valait bien mieux que sa caricature. D’abord, il n’était pas bête. Son cerveau était plus gros que celui de ses contemporains Sapiens, nos ancêtres. Comme eux, il pratiquait des rites funéraires. Comme eux, il se livrait à des expériences artistiques. Comme eux, il était doté de la parole. Des généticiens ont en effet isolé le gène FOXP2 dans son ADN, un gène qui joue chez l’homme moderne un rôle actif dans les régions du cerveau liées à l’apprentissage des langues.
Mieux qu’Homo sapiens, Neandertal savait encore chasser. Ce gros mangeur de viande, qui avalait jusqu’à 6000 kilocalories par jour, traquait les bisons, les chevaux, les rennes ou les cerfs. Gourmet, il appréciait la chair des jeunes mammouths. Opportuniste, il n’hésitait pas à pêcher des phoques et des dauphins sur le bord de mer. Autant de prises qu’il cuisinait comme un chef: braisées, cendrées, enrobées dans l’argile ou bouillies avec des pierres chauffées.
Neandertal était tellement adapté à son époque qu’on peine à comprendre sa disparition. A-t-il succombé sous les coups de silex de ce superprédateur appelé à devenir l’homme moderne? «Il n’y a pas eu d’extinction massive, mais une disparition progressive, répond Marylène Patou-Mathis. Le déclin des néanderthaliens semble coïncider avec l’arrivée en Europe de groupes d’hommes modernes, il y a 45 000 ans, arrivée qui a été suivie par une cohabitation d’environ 12 000 ans.»
Un de nos ancêtres
Parmi les hypothèses qui permettent d’expliquer sa disparition, «on opte aujourd’hui pour celle d’un «stress» engendré par l’arrivée d’hommes différents (mais qui leur ressemblent), qui ont provoqué chez ces hominidés un comportement d’évitement, et une chute démographique qui leur fut fatale», poursuit la préhistorienne.
 Désormais éteinte, cette variation de l’humanité survit cependant un peu en nous. Nous savons en effet que des Néanderthaliens et des Sapiens ont eu des enfants ensemble, comme le montre le film «AO».
Ces unions lointaines expliquent que les Européens et les Asiatiques du XXIe siècle (mais pas les Africains, puisque la rencontre s’est produite au Proche-Orient) possèdent en moyenne 4% de gènes néanderthaliens. Un héritage inattendu qui fait du présumé crétin des Alpes préhistoriques l’un de nos lointains ancêtres, promotion que Neandertal doit à une équipe internationale de généticiens dirigée par un Suédois nommé Svante Pääbo.
Et un Pääbo qui réhabilite un très moche, c’est une très jolie fin à cette histoire de malentendu.

Au moins, ce commentaire a le mérite d'être très drôle, et pas trop méchant... Parce que les autres critiques, aïe, aïe, aïe ! Ça les emmerde, ça, que Néanderthal ait pu être un type plutôt cool !!! Quoi ? Un moche gentil et intelligent ? Irrecevable ! Eh, bien, huit millions d'années, à peu près, pour en arriver à ce niveau d'intolérance et de connerie, on se dit que le chemin est encore long à parcourir ! Les gens sont majoritairement méchants, et les vrais moches, dans l'histoire, c'est bien eux !
Beaucoup de critiques reprochent au film une certaine lenteur... Oui, mais à l'époque, les gens prenaient le temps, ils suivaient les saisons, les bêtes, et n'avaient pas besoin de se hâter plus que nécessaire. A l'époque, à chaque jour sa peine suffisait, et il n'y avait pas, alors, mis à part quelques bêtes et peut-être bipèdes discourtois, de motifs de se hâter plus que nécessaire ! Donc, on prenait le temps, on marchait toute la journée s'il le fallait, on se chassait son dîner si besoin était, mais il n'y avait pas d'autres raisons pour se mettre la rate au court-bouillon excepté les animaux parfois féroces et les -rares- bipèdes qu'on pouvait croiser et qui pouvaient  -parfois, mais très rarement !- être des teignes hostiles. Par contre, sous la pression d'êtres plus teigneux et conquérants, il est tout à fait possible que les Néanderthaliens aient préféré l'évitement, ainsi que le pense Marylène Patou-Mathis, ce qui n'a pas empêché, ainsi que nous le prouve à présent la génétique, que certaines rencontres exceptionnelles et probablement tendres aient pu avoir lieu entre ces humains conquérants et pourtant plus fragiles, et le petit trapu costaud un peu poilu de service ! Qui sait ? Peut-être les petits Néanderthaliens ont-ils été attendris par ces grandes perches qui semblaient bien démunies et fragiles, ainsi que dotées de visages enfantins à leurs yeux ? Peut-être qu'une demoiselle Cro-Magnon a trouvé le drôle de petit bonhomme qui lui faisait face doté d'un regard clair et limpide, doux et gentil, attirant ? Qui nous dit qu'un Cro-Magnon n'aura pas été fasciné par une ardente rouquine ou une blondinette un peu trapue, les filles de sa tribu étant toutes de grandes bringues brunes plus ou moins piquantes ? Bref, il y a eu quelques unions, et c'est très chouette comme ça ! Tant mieux ! Et si ça dérange les créationnistes que Dieu n'ait pas tout à fait créé l'homme à son image, et qu'Il en ait même fait plusieurs, tant mieux ! Si ça pouvait les dessiller et leur faire brancher leurs cerveaux, à ceux-là, nous vivrions sûrement plus en paix ! Quasiment autant en paix que ne vivaient nos lointains ancêtres, en fait !
Il faut savoir, pour conclure, que les traces de violence réellement avérées remontent au Néolithique. Avant, ces traces sont vraiment rarissimes et plutôt le fruit soit d'accidents de chasse ou de très rares escarmouches ! Mais la guerre, c'est au Néolithique qu'elle apparaît, et tout son cortège d'horreur et d'iniquités aussi.
Donc, oui, nos ancêtres étaient plus cool que ça et probablement, d'ailleurs, inspirés par l'exemple de ce brave Néanderthal...
   

3 commentaires:

Mimi a dit…

Très sympa, l'article, même s'il insiste un peu lourdement sur le côté prétendument "moche" de notre ami de Néanderthal. Sinon, j'ai trouvé une critique assez gentille du film de Malaterre sur Télé 2 Semaines mais tu as raison : beaucoup de réactions hostiles et intolérantes de gens qui ont pris "La Guerre du Feu" pour argent comptant et ne veulent pas changer de référence !

Tinky a dit…

Des sots, ce sont des sots ! Nivelés par le bas, nous mourrons sous les cons; je l'ai toujours dit !

Air fou a dit…

Comme Mimi, à part le côté moche (et lui comment nous trouverait-il?), l'article correspond à tout ce que je sais déjà, y compris qu'on lui envierait plutôt la taille de son cerveau, peut-être doté de neurones qui lui faisait comprendre qu'il valait mieux fuir ceux qui sont en train de se détruire eux-mêmes.

Tout reste donc dans l'interprétation extrêmement anthropomorphique et anthropocentrique. Ce n'est pas une critique de cinéma, ça. La lenteur, bien oui, elle existe encore cette extrême lenteur dans d'autres pays chauds où le rythme de vie, au moins dans certaines régions, n'est pas autant modulé par l'accumulation de biens souvent inutiles, de pétrole, d'arbres, d'eau et quoi encore.

Zed xxx